Space X : bide à venir ?

Morningstar propose une retranscription d’un entretien avec Jeremy Grantham, célèbre investisseur axé sur la valeur (value investing) et cofondateur de la société de gestion GMO. Connu pour son scepticisme face aux bulles spéculatives, Grantham livre une critique acerbe du marché actuel à travers le cas de l’introduction en bourse (IPO) très attendue de SpaceX.

Voici les grands points clés à retenir de sa réflexion :

1. L’IPO de SpaceX qualifiée de « plus folle de l’histoire »

Grantham ne mâche pas ses mots : pour lui, le projet d’introduction en bourse de SpaceX est totalement déconnecté de la réalité.

  • Une valorisation aberrante : L’entreprise est évaluée à 1 700 milliards de dollars alors qu’elle accumule de lourdes pertes financières.
  • Des promesses irréalistes : 90 % des projections de SpaceX reposent sur l’intelligence artificielle (IA) intégrée à ses offres actuelles. Or, Grantham souligne que l’IA de SpaceX est « de troisième ordre » et se fait totalement dominer par des acteurs spécialisés comme OpenAI ou Anthropic. De plus, il note que la plupart des physiciens sérieux jugent les projets de voyages spatiaux décrits dans le prospectus comme « inconcevables ».

2. Le mécanisme de la bulle et la manipulation des indices

L’investisseur explique que le prix de l’action SpaceX risque d’augmenter fortement à court terme, non pas à cause de sa valeur réelle, mais à cause de la structure du marché :

  • La complicité des banques et des indices : Des banques comme JPMorgan poussent fortement le titre auprès de leurs clients. Surtout, Grantham accuse le Nasdaq d’avoir « triché » en modifiant ses règles pour intégrer de force SpaceX dans ses indices, alors même que l’entreprise ne génère pas de bénéfices.
  • Une demande artificielle : De ce fait, tous les fonds indiciels (ETF) liés au Nasdaq vont être légalement obligés d’acheter l’action, créant un excédent d’acheteurs par rapport aux vendeurs et faisant gonfler artificiellement le cours.

3. La critique globale de l’engouement autour de l’IA

Au-delà de SpaceX, Grantham s’en prend directement au battage médiatique entourant l’intelligence artificielle :

  • Un manque de contrôle chronique : Il compare le déploiement rapide de l’IA à la mise sur le marché de médicaments qui n’auraient pas été testés, alors que l’IA est selon lui bien plus dangereuse.
  • L’oubli des lois de la physique : Il critique les technologues qui prédisent des gains de productivité de 10 à 20 % par an sans comprendre que toute création de valeur dépend de l’énergie et des matières premières : « Vous pouvez avoir toutes les cellules cérébrales du monde, vous ne pouvez pas créer quelque chose à partir de rien. »
  • Un dilemme sombre : Soit l’IA s’avère incapable de justifier une telle valorisation et la bulle s’effondre (scénario qu’il estime probable à 90 %), soit l’IA réussit au-delà des attentes, mais cela signifierait que nos vies seraient menacées par les machines, un scénario qu’il ne « souhaite pas à notre espèce ».

4. Le cas Elon Musk : Le génie de la « propagande »

Interrogé sur la réussite passée d’Elon Musk, Grantham reconnaît un talent unique au milliardaire, qu’il qualifie de meilleur exemple de l’histoire dans l’art de la manipulation des cours :

  • Musk excelle à faire grimper le cours de ses actions bien au-delà de leur juste valeur grâce à la communication, puis à émettre de nouvelles actions (dilution) au prix fort pour lever des fonds massifs.
  • Au lieu de faire baisser le cours, sa puissance de persuasion lui permet de réinvestir immédiatement cet argent dans des usines concrètes (les Giga-factories), transformant ainsi du vent (la théorie du « plus grand imbécile ») en valeur industrielle bien réelle. Grantham concède que Musk a réussi ce tour de force par le passé, mais doute qu’il puisse réitérer l’exploit à l’échelle des 1 700 milliards de dollars avec l’IA.

En conclusion : Fidèle à sa réputation de « permabear » (pessimiste de long terme), Jeremy Grantham prévient que la réalité finira par rattraper SpaceX. Pour lui, si l’entreprise ne fait pas faillite à terme, ce serait un événement « incroyable ». À l’inverse de ces valeurs technologiques surévaluées, il rappelle que les opportunités actuelles se trouvent selon lui dans les actions de valeur (value), qui restent « sacrément bon marché ».

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