La BCE face au dilemme de l’énergie : vers une nouvelle hausse des taux en septembre ?

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Après avoir mis fin en juin à trois années de statu quo monétaire, la Banque centrale européenne s’apprête à franchir une nouvelle étape. Les marchés de swaps intègrent actuellement environ deux hausses supplémentaires de 25 points de base d’ici la fin de l’année, et un large consensus d’économistes table désormais sur un relèvement des taux directeurs en septembre. Mais au-delà de cette échéance immédiate, la trajectoire de la politique monétaire européenne divise nettement les stratèges.

Un resserrement dicté par le choc énergétique

Le tournant amorcé en juin n’est pas anodin : il s’agit de la première hausse des taux directeurs de la BCE depuis trois ans, justifiée par un contexte géopolitique explosif. La guerre au Moyen-Orient génère des pressions sur l’inflation, la décision visant à sécuriser la trajectoire de la zone euro face à plusieurs scénarios d’évolution du choc énergétique. Lors de sa réunion de juillet, l’institution a maintenu son taux inchangé à 2,25 % tout en laissant la porte ouverte à un relèvement en septembre, la récente flambée des prix du pétrole venant assombrir les espoirs de voir l’inflation refluer durablement.

C’est précisément ce canal de transmission énergétique qui devrait continuer de peser sur les arbitrages du Conseil des gouverneurs bien au-delà de cette année. BNP Paribas anticipe ainsi un ralentissement de la croissance de la zone euro à 1,0 % en 2026, tandis que l’inflation continuerait de grimper jusqu’en 2027, un ralentissement directement lié aux effets indirects du conflit au Moyen-Orient sur l’économie européenne, un scénario qui, selon la banque française, justifierait un resserrement supplémentaire de la BCE.

Camp n°1 : encore une hausse, puis une pause

Plusieurs établissements convergent vers un scénario de « dernière hausse » en septembre, suivie d’un palier prolongé. PIMCO1 anticipe que la BCE laissera son taux inchangé lors de sa réunion suivante, sans engagement préalable sur sa trajectoire future, mais retient comme scénario central une nouvelle hausse en septembre. Deutsche Bank partage cette lecture et table également sur une pause après la hausse de juin, avant un ultime relèvement du taux principal à 2,50 % en septembre, en soulignant toutefois qu’aucune preuve convaincante d’une inflation importée via les prix de l’énergie n’est encore visible dans les chiffres, ce qui pourrait prendre du temps à se matérialiser. De son côté, Oddo BHF2 estime que Christine Lagarde devrait, sans s’y engager fermement, laisser la porte ouverte à un geste en septembre, tout en rappelant que le pricing du marché s’est déjà nettement durci par rapport à deux mois plus tôt et pourrait encore évoluer d’ici l’automne. Enfin, les économistes de la Banque Richelieu jugent que la BCE exerce une pression claire sur sa réunion de septembre en insistant sur le fait que l’impact inflationniste du choc énergétique n’a pas encore été pleinement ressenti.

Camp n°2 : un resserrement risqué, corrigé dès 2027

À l’opposé, certains gérants estiment que la BCE prend un risque en resserrant sa politique dans un contexte de croissance déjà fragile. C’est la position de Lombard Odier, pour qui le cycle de hausses de taux engagé par la BCE pourrait constituer une erreur de politique monétaire qui serait ensuite corrigée dès 2027 par une baisse des taux, à contre-courant des attentes actuelles du marché, la banque genevoise justifiant sa prudence sur les actions européennes par ce risque, préférant les actions japonaises aux valeurs européennes dans ce contexte. Cette analyse fait écho aux réserves plus larges exprimées par certains économistes sur la résilience de la croissance de la zone euro : Carsten Brzeski, responsable mondial de la macroéconomie chez ING, soulignait déjà que le risque restait clairement orienté à la baisse, tant en termes de croissance que d’inflation, une fragilité qui, si elle se confirmait en 2027, alimenterait précisément le scénario d’une reprise des baisses de taux évoqué par une partie du marché.

Quelles conséquences pour le Cac 40 ?

Cette divergence entre les deux camps n’est pas neutre pour la Bourse de Paris. À l’approche de la réunion de juillet, les rendements obligataires s’étaient envolés dans toute la zone euro — le taux français à deux ans avait atteint 3,04 %, son plus haut niveau depuis août 2024 — entraînant un repli des indices européens, Cac 40 en tête. Ce mouvement illustre la sensibilité immédiate du marché parisien à toute inflexion, même verbale, de la BCE.

Pour autant, l’indice parisien a fait preuve de résilience : il évolue actuellement à proximité de ses sommets historiques, ayant atteint un record à 8 755 points le 7 août. Plusieurs lectures s’opposent selon le camp qui l’emportera :

  • Si le scénario Deutsche Bank/PIMCO se confirme (une dernière hausse en septembre puis une pause) : le marché a déjà largement anticipé ce mouvement, limitant le risque de choc violent, mais le coût du crédit resterait durablement plus élevé pour les entreprises françaises, pesant sur les secteurs les plus sensibles à la duration dont les foncières, les utilities (entreprises de service public, comme Engie ou Veolia) et les valeurs de croissance technologiques.
  • Si le scénario Lombard Odier3 se matérialise (resserrement jugé excessif, suivi d’un retournement en 2027) : la phase de hausse pourrait peser à court terme sur la valorisation du Cac 40, avant qu’une reprise des baisses de taux ne redevienne un facteur de soutien pour les marchés actions à moyen terme, à condition que le ralentissement économique qui la motiverait ne s’accompagne pas d’une dégradation trop marquée des résultats d’entreprises.
  • Le compartiment pétrolier : la présence de plusieurs géants de l’énergie au sein de l’indice signifie qu’une hausse prolongée du baril peut soutenir mécaniquement le Cac 40 via TotalEnergies, tout en renchérissant les coûts de production pour les autres composantes de l’indice.
  • L’effet devise : une BCE plus restrictive tend à soutenir l’euro, ce qui pénalise en retour les grandes multinationales exportatrices du Cac 40 (luxe, industrie).

En somme, le Cac 40 navigue entre deux lectures opposées de l’avenir monétaire européen. Un ultime tour de vis suivi d’un statu quo prolongé pour le camp Deutsche Bank/PIMCO/Oddo BHF, ou un resserrement jugé excessif et corrigé dès 2027 pour Lombard Odier. La réunion de septembre, assortie des nouvelles projections d’inflation et de croissance de la BCE, sera scrutée de très près comme un signal déterminant pour trancher entre ces deux scénarios.

  1. PIMCO (Pacific Investment Management Company) est un géant mondial de la gestion d’actifs basé en Californie et filiale du groupe Allianz. ↩︎
  2. Oddo BHF est un groupe financier français fondé en 1967 par Bernard Oddo. En 2016, l’entreprise familiale française Oddo & Cie acquiert BHF Bank, banque allemande spécialiste du Mittelstand, et devient Oddo BHF en 2017. ↩︎
  3. Le groupe Lombard Odier est un groupe bancaire suisse indépendant, fondé en 1796, dont le siège social est situé à Genève.  ↩︎

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