Bourse de Paris : une semaine sur le fil, entre taux au plus haut, pétrole en yo-yo et coup de théâtre chez Christian Dior

Pris en étau entre des rendements obligataires à des sommets historiques et un baril qui oscille autour des 100 dollars, le CAC 40 a fait du surplace du 21 au 25 septembre. La semaine a surtout été marquée par la réorganisation du contrôle de LVMH par la famille Arnault, qui a propulsé Christian Dior, et par la poursuite des difficultés du luxe.

Un indice parisien sans direction

Le CAC 40 avait pourtant bien commencé la semaine. Lundi, porté par le rebond des valeurs liées à l’intelligence artificielle, la détente des taux et le repli du pétrole, il gagnait 0,92 % à 8 139 points, puis prolongeait légèrement son avance mardi pour inscrire son plus haut hebdomadaire à 8 154,91 points. Le mouvement s’est ensuite inversé : deux séances de baisse ont ramené l’indice à 8 081 points jeudi soir. Vendredi, le reflux du brut lui a d’abord permis de reprendre environ 0,2 % à la mi-séance, mais ces gains se sont effacés en fin de journée, et l’indice a terminé quasiment à l’équilibre, en léger repli de 0,04 % à 8 077,80 points. Sur l’ensemble de la semaine, le CAC 40 s’adjuge 0,19 %. Ce statu quo masque un décrochage plus profond. En début de semaine, le CAC 40 affichait une performance à peu près nulle depuis le 1er janvier, alors que l’Euro Stoxx 50 progressait d’environ 9 % et le S&P 500 d’environ 13 %. L’essentiel de ce retard s’est creusé depuis la mi-août et traduit la défiance des investisseurs face à l’instabilité budgétaire et politique française.

Des taux longs à des niveaux inédits depuis près de vingt ans

C’est sur le marché obligataire que se joue l’essentiel. Le rendement de l’OAT française à dix ans se maintenait vendredi à 4,67 %, son plus haut niveau depuis 2008, et l’écart avec l’Allemagne continue de se creuser. Aux États-Unis, le dix ans évolue à des niveaux inconnus depuis 2007 et le trente ans à des sommets remontant à 2004, tandis que le rendement japonais à dix ans atteint son plus haut depuis 1996. Le Bund allemand à dix ans aurait lui aussi touché des niveaux inédits depuis dix-sept ans, autour de 3,55 %.

Ce contexte de taux durablement élevés pèse mécaniquement sur les valorisations des sociétés de croissance, dont les bénéfices futurs sont actualisés à un coût plus élevé.

Le paradoxe de la bonne nouvelle économique

La semaine a apporté une série d’indicateurs d’activité nettement meilleurs que prévu. En France, l’indice PMI composite est remonté à 51,2 en septembre, contre 48,5 en août, retrouvant la zone d’expansion à son plus haut depuis plus de deux ans. Dans la zone euro, il atteint 53,1, un sommet de quarante et un mois, et l’indice Ifo du climat des affaires allemand a touché son meilleur niveau depuis mai 2023.
Les cinq grands instituts économiques allemands ont d’ailleurs relevé leur prévision de croissance pour 2026 à 1,3 %, contre 0,6 % il y a six mois. Outre-Atlantique, l’indice composite américain a bondi à 58,4, au plus haut depuis plus de cinq ans.

Pour les marchés, ces chiffres sont à double tranchant : une économie qui résiste conforte les banques centrales dans une politique restrictive. Les investisseurs anticiperaient ainsi un nouveau resserrement de la Réserve fédérale, tandis que la BCE serait perçue comme devant rester restrictive encore longtemps.

Pétrole et diplomatie : un baril au gré des négociations

Le brut a donné le tempo presque chaque jour. Repassé sous les 100 dollars mardi sur l’espoir d’une reprise du dialogue entre Washington et Téhéran, le Brent est remonté au-dessus de ce seuil dès mercredi, avant de reculer à nouveau vendredi. L’Iran a en effet confirmé avoir soumis aux États-Unis un plan prévoyant la réouverture du détroit d’Ormuz sous sept jours, sous conditions. Jeudi, l’attention s’est également portée sur Washington, où Donald Trump recevait Xi Jinping pour un sommet consacré au commerce, à l’intelligence artificielle et aux terres rares, avec en toile de fond une possible prolongation de la trêve commerciale.

Christian Dior, l’événement de la semaine

Jeudi, Christian Dior s’est envolé de 15,28 % à 421 euros après l’annonce d’une vaste simplification de la chaîne de contrôle de LVMH. La famille Arnault va fusionner Financière Agache, Agache et Christian Dior en une holding cotée unique, rebaptisée Agache, qui détiendra 49,76 % du capital et 65,55 % des droits de vote de LVMH. Le bond du titre s’explique surtout par l’offre publique visant les 2,44 % du capital de Christian Dior encore aux mains des minoritaires, dont le prix sera fixé à 95 % de l’actif net réévalué. Sur la base des cours du 23 septembre, cela représenterait 469,05 euros par action, soit une prime de 27,3 %.

Le calendrier n’est pas neutre : LVMH recule d’environ 38 % depuis le début de l’année et évolue sur un plus bas de six ans, ce qui réduit le coût de l’opération pour la famille. Le titre LVMH, lui, a terminé jeudi à l’équilibre à 397,10 euros.

Le luxe toujours dans la tourmente

EssilorLuxottica illustre la sévérité du marché envers le secteur.
Le jour même où le groupe présentait avec Meta la troisième génération des lunettes Ray-Ban Meta, l’action a cédé 3,5 % à 144,70 euros, portant son recul depuis janvier à environ 46 %. Hermès et Kering sont restés sous pression, dans un mouvement de rotation au détriment des valeurs de croissance. À contre-courant, L’Oréal a confirmé son statut de valeur refuge du secteur : selon les données de marché relayées mi-septembre, le groupe aurait même dépassé LVMH en capitalisation boursière le 15 septembre, avec environ 202,9 milliards d’euros contre 201,4 milliards.

Banques et énergie en soutien, mais sans excès

Les valeurs bancaires ont continué de profiter de l’environnement de taux élevés, sans pour autant échapper aux prises de bénéfices. Lors d’une conférence investisseurs, BNP Paribas a réaffirmé viser une progression de son bénéfice par action de plus de 10 % par an entre 2025 et 2028, avec un coefficient d’exploitation inférieur à 56 % en 2028, contre environ 60 % aujourd’hui. Son nouveau plan stratégique sera présenté le 2 février 2027. Le titre a pourtant cédé 1,09 % mercredi à 100,20 euros, tout en conservant une hausse de plus de 24 % depuis le début de l’année. Société Générale a figuré parmi les soutiens de l’indice lundi, et Crédit Agricole SA a annoncé vendredi avoir achevé son programme de rachat de 32 millions de ses propres actions, pour un montant de 605,5 millions d’euros. TotalEnergies a, de son côté, bénéficié de la fermeté du brut.

Hors CAC 40 : Vusion s’envole, Canal+ chahuté

Mardi, Vusion a pris la tête du SBF 120 avec un bond de 13,68 % à 133 euros, après un chiffre d’affaires semestriel de 820 millions d’euros, en hausse de 34 %, et une forte progression de sa rentabilité. Le même jour, Bureau Veritas gagnait 2,39 % à 27,80 euros après avoir relevé ses ambitions lors de sa journée investisseurs, visant désormais une croissance à deux chiffres de ses revenus en 2027 et 2028. À l’inverse, Canal+ a chuté de 5,76 % mercredi : Bercy envisage, dans le cadre du budget 2027, de porter la TVA sur la télévision payante de 10 à 20 %, une mesure qui pourrait coûter environ 200 millions d’euros par an au groupe. Alten a enfin relevé jeudi soir ses objectifs 2026 après un premier semestre en forte progression.

Ce qu’il faut surveiller

La semaine prochaine, l’attention restera focalisée sur le couple taux-pétrole, les suites concrètes du sommet Trump-Xi et l’évolution du dossier d’Ormuz. En France, les débats budgétaires continueront de peser sur la prime de risque de l’OAT, et donc sur l’attractivité relative de la place parisienne.


Note : l’indice CAC 40 était à 8726,03 points le 20 août dernier.

OAT : Une OAT (Obligation Assimilable du Trésor) est un titre de créance émis par l’État français pour financer sa dette publique à moyen et long terme, de 2 à 50 ans. Site officiel.

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