Taux de la BCE : à quoi s’attendre jeudi ?

Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne se réunit les 9 et 10 septembre à Berlin, et la décision sur les taux directeurs sera annoncée jeudi à 14h15, suivie de la conférence de presse de Christine Lagarde. Après une pause en juillet, la BCE aborde cette échéance sous la pression d’une inflation qui s’est nettement réaccélérée, dans un contexte géopolitique qui reste, lui, imprévisible.

Une hausse des taux jugée très probable

Le chiffre qui a fait basculer les anticipations de marché est tombé le 1er septembre : selon l’estimation rapide d’Eurostat, l’inflation annuelle de la zone euro a grimpé à 3,3 % en août, contre 2,9 % en juillet, son plus haut niveau depuis trois ans. Cette accélération est presque entièrement le fait de l’énergie, dont les prix ont bondi de 14,3 % sur un an en août, après 10,3 % en juillet, sous l’effet de la reprise des hostilités entre les États-Unis et l’Iran début juillet. L’inflation sous-jacente, qui exclut l’énergie et l’alimentation, reste elle beaucoup plus contenue, autour de 2,4 %, ce qui tend à confirmer que le choc est avant tout importé plutôt que lié à une surchauffe de la demande intérieure.

Face à ce chiffre, les marchés ont rapidement révisé leurs anticipations.
Joachim Nagel, membre du Conseil des gouverneurs et président de la Bundesbank, a lui-même estimé que les investisseurs accordaient désormais plus de 95 % de probabilité à un relèvement de 25 points de base jeudi, ce qui porterait le taux de la facilité de dépôt de 2,25 % à 2,50 %. Ce serait le deuxième tour de vis de l’année après celui du 11 juin, qui avait déjà marqué la première hausse de la BCE en trois ans. Plusieurs économistes de marché, dont Michael Krautzberger chez AllianzGI, tablent sur ce scénario et n’excluent pas un nouveau geste de 25 points de base en décembre si l’inflation ne reflue pas.

Cette réunion a une particularité qui renforce encore la probabilité d’un mouvement : elle s’accompagne des projections macroéconomiques trimestrielles des services de la BCE, ce qui donnera au marché une lecture chiffrée de la trajectoire d’inflation retenue par l’institution pour 2026 et au-delà. Lors de sa précédente estimation, en mars, la BCE avait déjà relevé sa prévision d’inflation moyenne pour 2026 à 2,6 %, avec des scénarios dégradés évoquant 3,5 %, voire 4,4 % en cas de perturbation sévère et prolongée des approvisionnements énergétiques. Le chiffre d’août, supérieur à ces prévisions initiales, place la banque centrale devant la nécessité d’agir pour ancrer les anticipations, même si elle qualifie ce choc de largement temporaire.

Le facteur Iran, principale source d’incertitude

C’est là que le scénario devient moins écrit d’avance. La guerre déclenchée le 28 février par les frappes israélo-américaines contre l’Iran n’a jamais trouvé d’issue diplomatique durable. Une trêve conclue début avril s’est effondrée début juillet, et début septembre, après un mois d’accalmie relative, les hostilités ont repris avec de nouvelles frappes iraniennes contre des bases américaines dans le Golfe, suscitant l’inquiétude ouverte du Koweït pour sa propre sécurité. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, reste un point de friction constant, et Washington a même évoqué publiquement l’idée de le rebaptiser à son nom, signe que la zone demeure sous tension militaire directe.

Cette instabilité se lit directement dans les prix du pétrole. Le baril de Brent a dépassé les 91 dollars le 1er septembre, son niveau le plus élevé depuis le début du conflit, tandis que le WTI franchissait les 87 dollars. Début juillet, la reprise des combats après la trêve avait déjà propulsé les cours au-delà de 91 dollars après un pic ponctuel proche de 100 dollars fin juillet selon certains commentateurs de marché. C’est cette volatilité, plus que le niveau absolu des prix, qui complique l’exercice de la BCE : une nouvelle escalade pourrait pousser l’inflation énergétique encore plus haut d’ici la prochaine réunion, tandis qu’un apaisement, même partiel, referait refluer rapidement la pression sur les prix, comme cela s’était produit après le pic de mai.

Pour l’institution de Francfort, ce distinguo entre choc temporaire et dérive durable est central. Une étude de ses propres services a montré que les facteurs liés à l’offre d’énergie expliquaient environ 90 % de la hausse de l’inflation énergétique entre janvier et mai, la politique monétaire et budgétaire n’ayant eu, sur cette période, qu’un effet marginal. Cette lecture pousse la BCE à privilégier une remontée mesurée des taux plutôt qu’un resserrement agressif comparable à celui de 2022 et 2023, où le taux de dépôt avait culminé à 4 %, un niveau très supérieur à celui actuellement anticipé pour ce cycle.

Ce qu’il faudra surveiller jeudi

Au-delà du chiffre lui-même, largement anticipé par le marché et donc susceptible d’avoir un impact limité s’il se confirme, l’attention se portera sur trois éléments. D’abord, le ton de Christine Lagarde en conférence de presse : la BCE a pour habitude de se dire dépendante des données, réunion par réunion, sans engagement ferme sur la suite, et tout indice sur une éventuelle pause après septembre ou, à l’inverse, sur la probabilité d’un nouveau geste en décembre sera scruté de près. Ensuite, les nouvelles projections d’inflation et de croissance des services de la banque centrale, qui donneront la mesure de sa confiance dans le caractère transitoire du choc énergétique. Enfin, l’évolution de la situation en Iran elle-même dans les jours précédant la réunion, qui pourrait encore faire bouger les prix du pétrole et, avec eux, les calculs de dernière minute du Conseil des gouverneurs.

Pour les marchés actions et obligataires européens, une hausse conforme aux attentes serait vraisemblablement absorbée sans heurt majeur, l’essentiel du mouvement étant déjà intégré dans les cours. Le vrai risque, pour les investisseurs, resterait un scénario où la situation au Moyen-Orient se dégraderait fortement entre-temps, obligeant la BCE à un exercice d’équilibriste entre lutte contre l’inflation importée et soutien à une croissance déjà fragilisée par le choc énergétique.

Cours du pétrole (brent) : entre 93,15 $ et 96,21 $ lors de la semaine boursière qui s’achève aujourd’hui (04/09/26). Le CAC 40 patine autour de 8275 pts.


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