Publiés le 23 juillet 2026, les résultats du deuxième trimestre et du premier semestre de TotalEnergies illustrent à quel point le groupe pétrolier français profite du regain de tensions au Moyen-Orient. Mais cette performance financière, aussi solide soit-elle pour les actionnaires, ravive un débat politique récurrent en France depuis 2022 : faut-il taxer spécifiquement les « superprofits » des géants de l’énergie ?
Des résultats portés par la flambée du Brent
Le contexte géopolitique explique l’essentiel de la performance du semestre. Le prix moyen du Brent est passé d’environ 67 dollars le baril au deuxième trimestre 2025 à 97 dollars au deuxième trimestre 2026, sous l’effet du conflit au Moyen-Orient, une hausse de l’ordre de 45 % qui s’est directement traduite dans les comptes du groupe :
- Bénéfice net de 11,2 milliards de dollars sur le premier semestre 2026, en hausse de 72 à 73 % sur un an ;
- Au seul deuxième trimestre, le bénéfice net atteint 5,4 milliards de dollars, soit le double du T2 2025 (2,7 Md$), pour un résultat net ajusté de 6 milliards de dollars (+67 %) ;
- Le résultat du raffinage-chimie bondit de 362 %, à 1,8 milliard de dollars, porté notamment par des activités de trading particulièrement rémunératrices dans un marché volatil ;
- Cash-flow opérationnel de 9,8 milliards de dollars au T2 (+14 % sur un an) ;
- Un second acompte sur dividende relevé de 5,9 %, à 0,90 € par action, confirmant la politique de rémunération généreuse du groupe envers ses actionnaires.
Sur les marchés, l’action a suivi cette dynamique avec une hausse d’environ 25 à 30 % depuis le 1er janvier 2026, pour un cours qui évolue autour de 74 € début août, après avoir atteint un plus haut historique de 81,34 € fin mars, dans les premiers jours du conflit.
La controverse des « superprofits »
Ces chiffres ont immédiatement ravivé un débat déjà ancien en France, apparu pour la première fois lors de la guerre en Ukraine en 2022, lorsque TotalEnergies avait déjà enregistré des bénéfices exceptionnels liés à la flambée des prix de l’énergie.
Le camp des partisans d’une taxation exceptionnelle. La gauche parlementaire (La France insoumise, Parti socialiste) réclame une contribution spécifique sur les bénéfices jugés excédentaires. Le PS a ainsi déposé une proposition de loi visant les entreprises réalisant plus de 750 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec un mécanisme calculant le « superprofit » comme l’excédent par rapport à la moyenne des trois dernières années, taxé entre 20 % et 40 %. Une mesure qui rapporterait, selon ses promoteurs, environ deux milliards d’euros à l’État. L’argument avancé est que ces profits ne résultent pas d’un gain de productivité ou d’innovation, mais d’une rente conjoncturelle liée à un conflit géopolitique, et qu’ils devraient donc en partie revenir à la collectivité, notamment pour financer les mesures d’urgence liées à la crise énergétique. Un sondage YouGov cité en mai indiquait que 66 % des Français se disaient favorables à une taxation spécifique de ces bénéfices exceptionnels. Le Rassemblement national s’est lui aussi montré ouvert sur le principe, bien que Marine Le Pen et Jordan Bardella aient exprimé des divergences sur l’urgence d’une telle mesure.
La position de TotalEnergies et du gouvernement. Patrick Pouyanné, PDG du groupe, rejette systématiquement l’idée d’une taxe ciblée, avertissant qu’une imposition jugée punitive à chaque publication de résultats positifs « posera des questions sur l’investissement à long terme » de l’entreprise, notamment dans la transition énergétique en France. Le groupe met en avant deux arguments principaux : d’une part, l’essentiel de ses bénéfices serait réalisé hors de France, ce qui limiterait mécaniquement sa contribution fiscale française ; d’autre part, il présente le plafonnement volontaire des prix à la pompe qu’il a instauré dans ses stations-service (essence limitée à 1,99 €/litre, diesel à 2,25 €/litre) comme une forme de redistribution directe aux automobilistes, plus visible selon lui qu’une taxe dont l’usage resterait incertain. Pouyanné a même averti qu’en cas de nouvelle taxe sur les superprofits, il pourrait devenir « impossible » de maintenir ce plafonnement. Le gouvernement, par la voix du Premier ministre Sébastien Lecornu, a jusqu’ici privilégié cette option de plafonnement plutôt qu’une fiscalité additionnelle, cherchant à concilier attractivité fiscale et pression sociale en faveur d’une taxation.
Un point de bascule possible. TotalEnergies reste en revanche soumis à la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, reconduite dans le budget 2026, et pourrait y être davantage assujetti si sa rentabilité en France venait à progresser. Un argument que le groupe a jusqu’ici largement écarté en insistant sur la faible part de ses profits générée sur le territoire national.
Ce qu’il faut retenir
TotalEnergies illustre un cas particulier parmi les grandes valeurs du CAC 40 en 2026 : une performance boursière et financière solide, adossée non pas à un cycle de croissance structurel comme Legrand ou Thales, mais à une conjoncture géopolitique exceptionnelle, ce qui explique à la fois l’engouement des investisseurs et la controverse politique qui l’accompagne. Le sujet devrait rester sensible à l’approche du débat budgétaire de l’automne, dans un contexte où le prochain rendez-vous financier du groupe est fixé au 29 octobre 2026.
L’action TotalEnergie a progressé de + 34,25 % depuis le 1er janvier 2026
Dividendes
Le calendrier des dividendes de TotalEnergies suit un rythme trimestriel bien rodé, avec un décalage entre l’exercice concerné et les paiements effectifs.
Prochain dividende : le 1er acompte au titre de l’exercice 2026, d’un montant de 0,90 € par action (+5,9 % par rapport aux acomptes 2025, qui étaient à 0,85 €) :
- Date de détachement : 30 septembre 2026
- Date de paiement : 2 octobre 2026
La répartition annuelle des quatre fractions suit toujours le même schéma (avec de légers ajustements d’une année sur l’autre selon les jours ouvrés) :
| Fraction | Détachement | Paiement |
|---|---|---|
| 1er acompte | fin septembre (~30/09) | début octobre (~2/10) |
| 2e acompte | 31 décembre | ~5 janvier (année N+1) |
| 3e acompte | 31 mars (année N+1) | ~2 avril |
| Solde | 30 juin (année N+1) | ~2 juillet |
Concrètement, pour l’exercice 2026 : le 1er acompte tombe en septembre-octobre 2026, le 2e à cheval fin décembre 2026 / début janvier 2027, le 3e fin mars-début avril 2027, et le solde (qui clôture l’exercice) fin juin-début juillet 2027, c’est d’ailleurs ce solde-là, décidé une fois les comptes annuels arrêtés, qui ajuste le montant total distribué en fonction du résultat définitif de l’année.
Le conseil d’administration a également déjà adopté, le 22 juillet 2026, le calendrier indicatif du dividende pour l’exercice 2027, qui reproduit cette même mécanique.
Le calendrier des dividendes de TotalEnergies suit un rythme trimestriel bien rodé, avec un décalage entre l’exercice concerné et les paiements effectifs.
Prochain dividende : le 1er acompte au titre de l’exercice 2026, d’un montant de 0,90 € par action (+5,9 % par rapport aux acomptes 2025, qui étaient à 0,85 €) :
- Date de détachement : 30 septembre 2026
- Date de paiement : 2 octobre 2026
Pour un investisseur particulier résident fiscal français détenant l’action sur un compte-titres ordinaire (régime par défaut, prélèvement forfaitaire unique) :
- Dividende brut : 0,90 €
- PFU (flat tax) 2026 : 31,4 % (12,8 % d’impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux — ce taux social vient justement d’être relevé de 1,4 point par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026)
- Dividende net : environ 0,62 € (0,90 € × 0,686)
Deux nuances utiles :
- Sur un PEA de plus de 5 ans, le dividende échappe à l’impôt sur le revenu et n’est soumis qu’aux prélèvements sociaux à la sortie. Le net est donc sensiblement plus élevé.
- Option barème progressif : si la tranche marginale d’imposition de l’actionnaire est inférieure à 12,8 % (ou nulle), il peut avoir intérêt à opter pour le barème plutôt que le PFU, ce qui ouvre droit à un abattement de 40 % sur les dividendes, mais cette option est globale et s’applique à l’ensemble des revenus de capitaux mobiliers de l’année, pas dividende par dividende.
Dividende annuel brut attendu au titre de l’exercice 2026 :
3,60 € par action (soit 4 fractions de 0,90 €, sous réserve de confirmation par le conseil d’administration au fil de l’année).
Dividende annuel net (compte-titres ordinaire, PFU à 31,4 %) : environ 2,47 € (3,60 € × 0,686).
À titre de comparaison, l’exercice 2025 avait donné un total de 3,40 € brut (4 fractions de 0,85 €), soit environ 2,33 € net au même taux de flat tax.
Précision : seuls les deux premiers acomptes 2026 sont formellement actés à ce stade (avril et juillet 2026) ; le montant définitif du solde dépendra des résultats du second semestre et de la décision du conseil d’administration début 2027.
Devoir de vigilance : TotalEnergies fait appel de la décision du tribunal judiciaire de Paris 🔒
Total double son bénéfice net 🔒
TotalEnergies : entre solidité du dividende et vents contraires géopolitiques 🔒
Actualités Boursières
- Le gouvernement promet de ne pas toucher au crédit d’impôt recherche - 20 Minutes27/08 12:49
- L'UE demande à Meta d'appliquer en Europe les mesures annoncées aux Etats-Unis pour limiter le temps passé par les mineurs sur Instagram et Facebook - franceinfo27/08 13:31
- « Une solution économiquement indispensable » : quand Raphaël Glucksmann appelait, avec LFI, à « annuler la dette » - Le Parisien27/08 09:49
- Shein, Temu... La taxe sur les petits colis a fait chuter les importations en Europe de 30% à 40%, note Bercy - Le Figaro27/08 11:45
- Pernod Ricard voit un CA stable en 2027, toujours plombé par la Chine et les USA - Boursorama27/08 07:44